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AEP, conclusion saison 1 : on sait tout et on ne bouge pas

L’été de la bascule. De l’impuissance à la puissance d’agir, à trois échelles — soi, les autres, la société. Et un appel à s’unir, rendez-vous fin septembre.

Mis à jour le 27 juillet 2026
AEP, conclusion saison 1 : on sait tout et on ne bouge pas

J’avais prévu de continuer à vous raconter l’échelle S, ma pratique. L’actualité m’a poussé à changer de sujet. Et les vacances, à conclure cette saison. Merci à Thomas, Julie et Nico pour la conversation qui a permis à cette infolettre de prendre du sens.

Un écoanxi-été ?

Super reposantes les vacances cette année ; 98 000 hectares brûlés depuis janvier, un record historique1. 220 000 personnes évacuées en Gironde et dans les Landes2. 2 000 hectares de la forêt de Fontainebleau partis en trois jours3. Les températures les plus élevées jamais enregistrées en France, tous mois confondus4. 72 départements en vigilance rouge le même jour, du jamais vu depuis 20044. Deux néonicotinoïdes interdits depuis six ans, réautorisés par le Parlement5. Nos messageries analysables jusqu’en 20286. Une candidate d’extrême droite rendue éligible le 7 juillet, donnée à 36 % le 87 ; et le 7 juillet toujours, un permis de tuer voté à l’Assemblée8. Et le silence des politiques, car “qui aurait pu prédire” ?

Voilà. En un seul mois. Et c’est que le début.

Et je fais le pari que vous n’avez rien appris de nouveau ?

Ce n’est plus un problème d’information - ça fait un moment que ça aussi on le sait. L’info est là, entière, datée, gratuite, prouvée scientifiquement, disponible, voire même trop abondante.

Mais alors, si on le sait si bien : qu’est-ce qui nous maintient dans l’impuissance alors que le monde s’effondre si fort ?

Une époque sans promesse

C’est peut-être la première fois qu’une époque ne porte plus de promesse d’avenir meilleur. Au mieux un statu quo. Au pire, beaucoup de violence à venir. (Dandrieux, 2023)9 :

Nos parents ont grandi avec l’idée que le futur, ça serait mieux. Aujourd’hui, cette idée a disparu. L’horizon est voilé, résigné. Car sans promesse, sans projet de futur viable, on ne peut pas s’engager. Parce qu’un engagement est un pari sur un futur qu’on croit possible.

C’est aussi ce qui explique, je crois, le retour du fascisme - le récit de futur le plus connu, le plus plausible. Pas le plus désirable, juste le plus audible : c’est lui qui a le plus de voix au chapitre, un peu à cause de nous tous, peut-être ?

Parce qu’on ne défend pas les alternatives, pas assez bien. Alors la place qu’on laisse est remplie par celui qui parle le plus fort.

Alors voilà la question de cette lettre. On sait tout, et rien ne bouge. Pourquoi ?

Ma réponse tient en une phrase : parce que changer demande d’avoir une direction claire, et tenir l’inconfort dû au changement.

Ces conditions manquent à trois endroits :


S - pourquoi on ne tient pas l’inconfort

Face à la menace, la peur, notre système nerveux a trois réponses possibles : se figer, fuir, ou se battre (Cannon, 1915)10.

Et si le combat semble évidemment la bonne réponse, il faut dire quelque chose de plus gênant.

se battre avec la peur disperse.

Pour ma part, si je regarde ces six dernières années avec lucidité, j’ai cru que l’urgence était synonyme d’efficacité. Même si l’idée de ce projet AEP est clair pour moi, les moyens eux, dictés par le besoin du moment, souvent dans l’urgence, de manière productive mais un peu dispersée, peu efficiente. Agissant mi-convaincu, mi-apeuré.

Arthur Keller ne dit pas qu’il faut éviter la peur ; elle est utile, car seule l’émotion met en mouvement. Mais seule, elle est insuffisante à faire évoluer : car « il faut d’abord se fixer un cap, avoir une vision, des valeurs. » Et il ajoute une chose que je trouve capitale : ne pas laisser les gens seuls avec leurs peurs, car elle est toxique. (Keller, 2022)11

Pour éviter la peur, on a une stratégie collective :

L’hédonisme dépressif (Fisher, 2009)12 : une incapacité à faire autre chose que de chercher du plaisir. Nous vivons dans un environnement qui propose, en continu, une compensation immédiate à n’importe quel inconfort. Le plaisir se désensibilise, il en faut des doses plus fortes, et surtout on ne donne jamais la priorité à ce qui gêne. Or changer demande exactement le contraire : accepter une gêne maintenant pour un bénéfice lointain et incertain.

Mettez les deux ensemble et vous obtenez la situation dans laquelle nous sommes. D’un côté la conscience nette de l’état du monde. De l’autre l’incapacité d’agir dessus à la hauteur, par une recherche hédoniste inarrêtable. Entre les deux, une dissonance permanente, que l’impuissance alimente.

Fisher va jusqu’au bout de cette idée : ce qu’on traite comme des troubles individuels de santé mentale est en grande partie le produit de cette dissonance. La souffrance est privatisée. Chacun·e la vit comme un échec personnel.

Je ne blâme personne là-dessus, moi le premier. Le comportement des gens n’est pas un défaut moral, c’est le résultat de conditions. Si on veut que les comportements changent, il faut changer les conditions.

Il y a une porte étroite pour sortir de là, et elle passe par un endroit que personne ne choisit facilement : être seul avec soi.

Ce qu’on fuit quand on fuit la solitude

Dalida chantait en 1972 :

Pour ne pas vivre seul, on vit avec un chien On vit avec des roses, ou avec une croix Pour ne pas vivre seul, on fait des cathédrales Où tous ceux qui sont seuls s’accrochent à une étoile

C’est toute la chanson et c’est très juste13. La romance, les amis, le travail, les voyages, la famille, la “fast life”. Tout ce qu’on invente pour ne pas se retrouver seul avec ce qu’on laisse sous le tapis. Or ce qu’il y a sous le tapis, c’est exactement la dissonance dont je viens de parler. Fuir la solitude, c’est fuir la seule position depuis laquelle on peut la regarder.

Et comme personne ne la choisit, elle arrive autrement : par accumulation, par épuisement, par burn-out. Subie plutôt que choisie. Elle nous fait peur parce qu’on en a très peu de modèles.

Car comme Kérouac & cie, fut une époque où le passage à l’âge adulte se faisait par une errance choisie, pour trouver qui l’on est au-delà de ce qu’on a choisi pour nous jusque-là14. Cultiver une déconstruction, une recherche de sa propre identité pour retrouver sa force d’agir.

Sortir de la peur ; cultiver l’empouvoirment

Ce que j’ai fini par comprendre, c’est que se déconstruire, ralentir, désencombrer, ce n’est pas le but. Ce n’est qu’une étape, un déblaiement. Le but, c’est de retrouver la connexion à son énergie vitale. D’aller vers un endroit de soi où l’élan revient.

Parce que cet appel de la vie, quand il est là, est plus fort que la peur de l’inconfort. Il ne supprime pas l’inconfort ; il donne un sens à le traverser.

Alors la question, à l’échelle d’une personne, est : comment est-ce qu’on cultive ce qui est vivant en nous ?

(J’ai écrit une lettre entière là-dessus en juin, sur le moment où on fait le saut vers ses propres projets. Et les mécanismes qui nous maintiennent la tête sous l’eau, individuellement, c’était le deuxième épisode de la série, en janvier.)


M - ce qui permet de le tenir : les autres

Voilà le problème de tout ce que je viens d’écrire : personne n’y arrive seul.

C’est-à-dire : l’élan vient de soi, mais le meilleur facteur de changement, c’est quand l’environnement change autour de nous. L’avez-vous déjà expérimenté en voyage ? D’être une autre version, plus intense et authentique de soi ?

Quand les gens qu’on fréquente permettent d’être libres de masques, de rebondir, de soutenir, d’alimenter nos élans de vie. Un cocon assez sûr pour qu’on ose y être quel que soit le moment.

C’est exactement ce que dit Keller à l’envers : ne pas laisser les gens seuls avec leurs peurs. Une peur partagée dans un groupe qui a un cap devient un espace de liens.

Et c’est ce que j’appelle une infrastructure de capacitation. Rien de mystérieux : des lieux, des rythmes, des outils qui font qu’une personne devient capable de ce dont elle n’était pas capable seule. C’est l’infrastructure que j’ai construite cette année. Une carte pour rendre visible le réseau d’entraide qui existe déjà et pour trouver les ressources et les contacts dont un projet a besoin. Du codéveloppement entre pairs, que j’expérimente aussi dans d’autres groupes, et qui marche mieux que tout ce que j’avais essayé avant. Des outils communs, un projet de bibliothèque vectorisée partagée, une plateforme de plateformes d’emploi pour les architectes pour sortir la tête de l’eau. Et un projet d’annuaire financé par une enveloppe publique, pour pérenniser une infrastructure d’entraide de notre communauté au sein de notre école.

Il y a un mot pour ce que ça cherche à produire, et il est plus ambitieux que « communauté ». Brian Eno l’a forgé en 1996 : le scenius, contraction de scene et genius15. Contre le mythe du génie solitaire, dire que seules des conditions fertiles ont produit des révolutions sociétales ; Athènes antique, la Renaissance à Florence, les Lumières françaises, les Surréalistes du Paris des années 1920, etc. Jamais sorties d’un cerveau isolé ; mais d’un milieu - un lieu, un rendez-vous régulier, des profils très différents au même endroit, le partage des méthodes sans rétention, une rivalité féconde, un succès qui profite à toute la scène.

C’est le passage de l’égosystème à l’écosystème. L’égosystème, c’est la pyramide : un centre unique vers qui tout converge, un seul nom sur la réussite. La personne providentielle, par exemple. L’écosystème, c’est un réseau maillé sans centre, plusieurs foyers qui se nourrissent.

Sauf qu’un scenius ne démarre pas à une personne. Il lui faut un noyau. Et c’est précisément ce qui me manque.

(Ce que la phase de structuration collective a produit, et ce qu’elle n’a pas produit, je l’ai raconté en mai.)

Les huit ingrédients d'un scenius, schéma issu de l'article de Matthieu Dardaillon

issu de l’article de Mathieu Dardaillon sur le sujet (il est génial)


XL - pourquoi ça vaut le coup

Reste la question de fond : pour quoi faire.

Nous sommes des gens créatifs, qui aimons les systèmes complexes, et qui savons agencer le réel dans des situations que la plupart des métiers refusent de regarder. C’est une compétence rare. Et aujourd’hui elle est presque entièrement au service d’une minorité et d’un ordre dont nous sommes des piliers.

J’ai déjà écrit cette phrase en avril, et je la maintiens : la pyramide est fragile, elle repose sur ses lieutenants. Si nous nous taisons, l’édifice tient. Si nous nous positionnons, actons nos choix, tout tremble.

Je vois notre position d’architecte dans le secteur du bâtiment comparable à celle des agriculteurs dans la chaîne alimentaire. Ils sont parmi ceux qui produisent le plus de valeur, et parmi les plus écrasés. Ce n’est pas un hasard, c’est structurel : ceux qui tiennent le système debout sont ceux qu’il faut tenir le plus serré, parce que le jour où ils changent leurs conditions, c’est le système qui change. Nous sommes dans la même position, avec les mêmes heures non facturées, la même responsabilité disproportionnée, la même impossibilité de dire non. J’ai passé une saison entière à le documenter, et une autre à décrire le logiciel qui tient tout ça en place.

Or ce château de cartes est fragile. C’est une prison de pensée, faite de récits, de culture, et d’une structure monétaire qui aspire la valeur vers le haut - et d’une précarité qui nous enchaîne. Le réalisme capitaliste (Fisher, 2009)16 est la conviction diffuse qu’il n’y a pas d’alternative. Et le mécanisme qu’il nomme impuissance réflexive : les gens savent que ça va mal, et surtout ils savent qu’ils ne peuvent rien y faire. Qu’il n’y a pas d’alternative viable. Ce n’est pas de l’ignorance, c’est une croyance qui produit exactement le monde qui la confirme.

Voilà pourquoi je crois qu’il y a quelque chose à faire, et pourquoi je crois qu’on peut le faire ensemble, même si c’est un peu fou.

Les récits du monde d’après existent déjà. La décroissance, le féminisme, la pensée décoloniale, l’éco-socialisme : tout ça est écrit, pensé, argumenté depuis des décennies. Ce qui manque à ces récits, ce ne sont pas des idées. Ce sont des intermédiaires capables de les ancrer dans le réel, sur un territoire donné, dans une situation donnée, avec les gens qui y vivent. Lire un territoire, faire monter une population en conscience de ses propres enjeux, accompagner une décision collective, agencer des contraintes contradictoires en quelque chose d’habitable. Être des facilitateurs d’une situation. Soutenir la capacitation des individus à trouver leurs solutions, comme Assemble à Granby Four Streets17.

Ça, c’est notre métier. On sait déjà le faire. On le fait déjà, dans les écoles, dans des travaux de recherche remarquables qui finissent dans des tiroirs, chez nous et dans beaucoup d’autres écoles.

Je continue d’appeler ça, faute de mieux, une médecine du corps social. Diagnostiquer les infrastructures bâties qui défaillent, mais aussi l’éducation, la justice, la sécurité, l’énergie, la santé, le logement, l’agriculture, et proposer des reconfigurations situées, territoire par territoire, en commençant par les marges. Écrire lentement un nouveau contrat social, en le pratiquant pendant qu’on l’écrit.

La matière est là. Ce qui manque, ce sont nos freins, individuels et collectifs. C’est tout ce que cette lettre, ces textes ont essayé de nommer.

Et je ne vois pas beaucoup d’autres options. Je trouve aussi que c’est une des plus belles choses qu’on puisse faire de sa vie ; construire un monde vivable. Je veux le faire avec vous - toute celleux avec qui ça résonne.


Conclusion

Ce projet d’architecture d’écologie politique m’habite. Depuis septembre 2025, j’ai écrit quatorze textes, 47k signes, soit à peu près 170 pages18. Un petit livre, en fait. Écrit par bouts, entre deux interstices, poussé par mes convictions.

Un élan arborescent, car tout est imbriqué ; faire évoluer notre profession (M), pour bâtir un monde de demain souhaitable (XL), et pour avoir une pratique alignée avec mes valeurs (S).

Et pourtant, j’ai agi seul. Sans doute par besoin de clarifier ma pensée, d’agir. Mais j’arrive à un seuil. 170 pages, une carte, un codev, un budget public, et toujours personne avec qui travailler sérieusement.

C’est mon autocritique de fin d’année, et elle est simple : j’ai construit une infrastructure avant d’avoir un groupe. Si seul on va plus vite - ensemble, on va plus loin.

Ce que je cherche

Des allié·es, des associé·es, des coopérateur·ices. J’ai besoin de vous. Ce projet n’a de sens que s’il est collectif.

Donc je fais un appel à celles et ceux que ça touche, et qui ont envie de s’engager :

  • à transformer leur propre pratique vers davantage de congruence - échelle S ;
  • à créer des infrastructures communautaires de transition entre l’école et le métier - échelle M ;
  • à écrire de nouveaux récits et à faire émerger des pratiques d’architecture d’écologie politique - échelle XL.

Je propose qu’on se retrouve fin septembre, en visio, et en présence pour celles et ceux qui sont sur Paris, dans l’intention d’une rencontre conviviale, un tour de table d’intentions et de nos vies/projets actuels, nos élans, si on a envie d’avancer ensemble. Et, le premier point, organiser un séminaire, un temps sur quelques jours en présentiel par la suite pour poser des fondations d’un groupe dans les semaines qui suivent.

Répondez à cet email si vous voulez en être <3

Une précision qui compte : l’association des ancien·nes de Belleville tient sa rencontre le 10 septembre, annoncée par l’association le 6 juillet via l’infolettre de l’école. C’est une autre porte, et elle est essentielle. Mais c’est un projet distinct de celui d’AEP, qu’il convient de lancer séparément. Vous êtes bien sûr bienvenu·es aux deux rendez-vous. Je dirais même plus; on a besoin de vous. De chacun.e de nous. On est pas seul.es dans la galère. On est ensemble.

Et surtout, je ne pense pas que ce soit un sujet d’architectes.

Les archis ont leur mot à dire, évidemment. Mais nous n’avons aucun monopole là-dessus. Je suis convaincu qu’il y a beaucoup de gens, dans d’autres milieux, qui cherchent exactement la même chose : repenser nos infrastructures sociales et faire bouger la société depuis la base. C’est à ces personnes-là aussi que je m’adresse. Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, quelle que soit votre porte d’entrée, j’ai joie de travailler avec vous.

Bel été à toustes, sincèrement. En vous souhaitant un bon repos malgré les évènements, de bonnes introspections, fêtes et air nouveau pour repartir sur de bonnes bases à la rentrée - déterminés et avec l’envie d’agir.

Bien à vous,

Jules

(la prochaine lettre en septembre !)

Coulisses

Je suis très heureux d’avoir bouclé cette série en retombant sur mes pattes, avec un message clair, conclusif et assemblant tout ce que j’ai écrit jusqu’ici. Je pense que d’un point de vue arborescent (dans ma tête, mdr) c’était clair pour moi ce que je faisais, mais d’un point de vue linéaire et de quelqu’un.e qui n’est pas dans mon esprit, sans doute que non. Merci - infiniment - de m’avoir lu, pour votre soutien, d’avoir suivi cette aventure pleine de rebondissements, d’infolettres interminables, de nouveaux formats iaesques-humain expérimentaux. Je dois avouer que j’ai encore peur quand je vous écris (le perfectionnisme pour ne pas être jugé par mes pairs) mais en chemin, j’ai acquis la conviction que ce que je faisais ici, c’est juste, nécessaire, et tout simplement ; je suis porté par ça, ça nourrit un élan vital en moi, un besoin d’agir là ou je pense avoir du pouvoir, à mon échelle, avec mes pairs. Et au final, avoir rencontré en chemin tant de personnes résonnant avec cette envie de construire un nouveau monde. Avec une immense joie de nourrir nos élans vitaux ensemble !


Notes et sources

Footnotes

  1. Feux de forêt, France, bilan national 2026. Près de 98 000 hectares brûlés depuis le 1er janvier, « un record historique », annoncé par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez le 25 juillet 2026. Deux périmètres de mesure coexistent et ne disent pas la même chose : le système satellitaire européen EFFIS, plus restrictif, comptabilise à la même date 69 473 hectares, ce qui dépasse déjà le total de 2022 (un peu plus de 66 300 hectares), année de référence des grands feux récents. C’est ce second chiffre qui permet la comparaison d’une année à l’autre. https://www.franceinfo.fr/environnement/evenements-meteorologiques-extremes/incendies-et-feux-de-foret/pres-de-98-000-hectares-deja-brules-en-france-un-record-historique-annonce-le-ministre-de-l-interieur-laurent-nunez_8121923.html

  2. Incendie parti le 22 juillet 2026 à Saumos (Gironde), le plus destructeur en France depuis plus de cinquante ans. Progression : 4 800 hectares le 23 juillet, 19 000 le 24, plus de 32 000 le 25, 42 000 le 26 juillet, Gironde et Landes confondues. Évacuations cumulées : 20 000 personnes le 23 juillet, 110 000 le 24, 220 000 le 26. Un second feu, parti le 23 juillet entre Biscarrosse et Parentis-en-Born dans les Landes, a parcouru 3 500 hectares et provoqué 40 000 évacuations supplémentaires. Chiffres arrêtés au 26 juillet 2026, jour d’écriture de cette lettre ; ils bougeaient encore au moment de l’envoi. https://fr.wikipedia.org/wiki/Feux_de_for%C3%AAt_de_2026_en_Gironde_et_dans_les_Landes

  3. Forêt de Fontainebleau et massif voisin des Trois-Pignons, juillet 2026. Deux foyers : le 12 juillet en fin d’après-midi à Noisy-sur-École, environ 1 500 hectares ; le 13 juillet dans le secteur de la Faisanderie, environ 450 hectares. Le principal incendie est déclaré « fixé » le 15 juillet. Bilan de la préfecture au 15 juillet : près de 2 000 hectares parcourus, environ 900 personnes évacuées, autoroute A6 coupée plusieurs jours. https://fr.wikipedia.org/wiki/Incendies_de_2026_en_for%C3%AAt_de_Fontainebleau

  4. Météo-France, canicule de juin 2026. Les 24 et 25 juin 2026, les températures moyennes sur 24 heures ont été les plus élevées jamais enregistrées en France, tous mois confondus, atteignant 30 °C pour la première fois. Le 25 juin 2026, 72 départements étaient en vigilance rouge canicule et 14 en orange, du jamais vu depuis la création du dispositif de vigilance canicule en 2004. https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/canicule-une-vague-de-chaleur-sinstalle-cette-semaine 2

  5. Loi d’urgence agricole dite « Duplomb 2 », adoptée à l’Assemblée nationale par 296 voix contre 224, vote du Sénat le 21 juillet 2026. Réintroduction conditionnelle de l’acétamipride (filière noisette) et du flupyradifurone (pomme, cerise, betterave sucrière), deux néonicotinoïdes interdits en France depuis 2020. Opposition publique de la ministre de la Transition écologique Monique Barbut. https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_Duplomb - analyse critique : https://basta.media/vote-loi-urgence-agricole-Duplomb-Parlement-reautoriser-pesticides-interdits-acetamipride-flupyradifurone-megabassines-secheresse-rassemblements

  6. « Chat Control ». Le 26 juin 2026, les ambassadeurs des États membres se sont accordés pour remettre en circulation le dispositif de détection volontaire (règlement UE 2021/1232), avec une validité repoussée au 3 avril 2028. Le Parlement européen a adopté la procédure d’urgence le 7 juillet 2026 par 331 voix contre 304, puis voté favorablement sur le fond le 9 juillet 2026. Attention à ce que ce vote ne dit pas : il proroge une détection volontaire sur les messageries non chiffrées, il n’impose rien et ne touche pas au chiffrement de bout en bout. C’est le règlement CSAR, lui, qui rendrait la détection obligatoire y compris sur les messageries chiffrées par balayage côté client ; il reste bloqué, cinquième trilogue en échec le 29 juin 2026, vote final attendu fin 2026 ou début 2027. Le lien renvoie au dossier de La Quadrature du Net consacré au sujet, antérieur au vote de juillet 2026. https://www.laquadrature.net/2025/10/03/chat-control-on-fait-le-point/

  7. Cour d’appel du 7 juillet 2026 : inéligibilité de Marine Le Pen ramenée à 15 mois fermes, échus au 30 juin 2026 et déjà purgés par l’exécution provisoire du 31 mars 2025 ; éligible en 2027, candidature annoncée le jour même au journal de 20 heures de TF1. Sondage Ifop pour LCI et Le Figaro publié le 8 juillet 2026, terrain des 7 et 8 juillet, questionnaire auto-administré en ligne, 984 personnes inscrites sur les listes électorales issues d’un échantillon de 1 075 personnes représentatif de la population française de 18 ans et plus, méthode des quotas : 36 % au premier tour, soit 4 points de plus qu’aux deux semaines précédentes ; Édouard Philippe 19 %, Gabriel Attal 15 %. https://www.ifop.com/article/les-intentions-de-vote-a-lelection-presidentielle-2027-et-lopinion-des-francais-apres-la-declaration-de-candidature-de-marine-le-pen/

  8. Proposition de loi n° 691 relative à la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, déposée par le député Éric Pauget (LR) et réécrite par le gouvernement. Adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 7 juillet 2026 par 313 voix contre 199. Le texte prévoit que les policiers et gendarmes « sont présumés avoir agi » dans le cadre de la légitime défense lorsqu’ils font usage de leurs armes. Une précision qui compte, puisque cette lettre reproche aux autres l’approximation : le texte n’est pas définitivement adopté. Il doit encore passer devant le Sénat, pas avant octobre ou novembre 2026 selon son propre rapporteur. L’expression « permis de tuer » est celle employée par la gauche parlementaire, par Amnesty International France et par une partie de la presse ; ce n’est pas un terme neutre et je l’emploie en le sachant. https://www.france24.com/fr/france/20260707-assemblee-nationale-approuve-presomption-usage-legitime-armes-feu-police-forces-de-ordre-gouvernement-deputes-gendarmes - le dossier d’Amnesty International France : https://www.amnesty.fr/reperes/loi-presomption-legitime-defense-de-la-police-ce-qu-il-faut-savoir/

  9. Michaël V. Dandrieux, sociologue de l’imaginaire, enseignant à Sciences Po Paris (séminaire « L’habitabilité du monde »), cofondateur d’Eranos, auteur du Rêve et la métaphore, CNRS Éditions, 2016. Ses travaux portent sur « les rationalités apparemment irrationnelles qui structurent la vie en société : le rêve, la confiance, l’espoir ». Podcast Sismique n° 106, « Les idées font-elles le monde ? », 17 mars 2023. Honnêteté de sourçage : la formule « plus de promesse d’avenir meilleur » est de moi, pas de lui ; je ne l’ai pas retrouvée verbatim dans ses interventions publiques. C’est le cadre d’analyse qui est le sien, et c’est à ce titre que je le cite. https://www.sismique.fr/post/106-sociologie-idees-font-elles-le-monde-michael-dandrieux

  10. Walter Cannon, Bodily Changes in Pain, Hunger, Fear and Rage, 1915, pour le couple combat-fuite ; le figement a été ajouté plus tard par d’autres. Choix éditorial assumé : ne pas invoquer la théorie polyvagale de Stephen Porges, contestée dans la littérature en neurosciences, dans un texte qui reproche par ailleurs l’absence de sources. À rapprocher de l’impuissance apprise mise en évidence par Martin Seligman et Steven Maier (« Failure to escape traumatic shock », Journal of Experimental Psychology, vol. 74, 1967) : un organisme qui a appris qu’il ne pouvait rien faire cesse d’essayer, même quand une issue existe. La fable de l’éléphant attaché au piquet illustre l’idée mais n’est pas une étude ; je ne la cite pas comme source.

  11. Arthur Keller, spécialiste des risques systémiques et de l’usage des récits comme leviers de transformation collective. Entretien L’Atelier des Futurs n° 14, « Raconter pour transformer », 22 juillet 2022. Citation verbatim : « Il faut d’abord se fixer un cap, il faut d’abord avoir une vision, il faut d’abord avoir des valeurs. » Voir aussi le podcast Think Degrowth n° 19, « La peur est indispensable ». Keller insiste sur trois conditions pour que l’émotion produise autre chose que de l’agitation : y adjoindre du désir, proposer des leviers concrets, et ne pas laisser les gens seuls avec leurs peurs. https://atelierdesfuturs.org/arthur-keller-raconter-pour-transformer/

  12. Mark Fisher, Le Réalisme capitaliste. N’y a-t-il aucune alternative ?, Entremonde, 2018, traduction de Julien Guazzini ; édition originale Capitalist Realism: Is There No Alternative?, Zer0 Books, 2009. L’hédonisme dépressif (depressive hedonia) est développé au chapitre 4, à partir de son expérience d’enseignant : « not an inability to get pleasure so much as it is an inability to do anything else except pursue pleasure ». Fisher y relie explicitement la santé mentale au fonctionnement du capitalisme tardif, ce qu’il appelle la privatisation du stress. https://entremonde.net/le-realisme-capitaliste

  13. Dalida, « Pour ne pas vivre seul », 1972, face B du single « Paroles, paroles » sorti le 17 janvier 1973. Paroles de Sébastien Balasko et Daniel Faure. https://www.youtube.com/watch?v=QcwzG4_a6J0

  14. Jack Kerouac, Sur la route (On the Road), écrit en 1951, publié en 1957 ; première traduction française de Jacques Houbart, Gallimard, 1960. Précision : l’errance comme rite de passage à l’âge adulte n’est pas une thèse que Kerouac formule, c’est la lecture qu’en ont faite ses lecteurs successifs. Je le cite comme image, pas comme source. https://fr.wikipedia.org/wiki/Sur_la_route

  15. Terme forgé par Brian Eno en 1996, contraction de scene et genius, popularisé par l’essai de Kevin Kelly « Scenius, or Communal Genius » (2008) : https://kk.org/thetechnium/scenius-or-comm/ . Le psychologue Dean Keith Simonton l’a documenté empiriquement : chaque génie qu’on croit solitaire est en réalité un nœud dans un réseau de mentors, de rivaux et de collaborateurs. Les huit ingrédients d’un scenius, et la distinction égosystème / écosystème, sont détaillés dans ma note de lecture, d’après l’article de Matthieu Dardaillon « Scenius, le secret des grandes Renaissances » : https://matthieudardaillon.substack.com/p/scenius-le-secret-des-grandes-renaissances . L’exemple canonique de Kelly sont les Lumières écossaises d’Édimbourg ; les Lumières françaises sont mon propre ajout, et l’exemple tient par lui-même, il ne s’appuie pas sur sa démonstration.

  16. Fisher, op. cit. Le réalisme capitaliste désigne non pas une idéologie assumée mais un climat : la conviction diffuse qu’il n’existe pas d’alternative viable. La formule « there is no alternative » est de Margaret Thatcher, reprise par Fisher en sous-titre. L’impuissance réflexive (reflexive impotence) y désigne le fait que les gens savent que la situation est mauvaise et, plus encore, savent qu’ils ne peuvent rien y faire.

  17. Granby Four Streets, quartier de Toxteth à Liverpool. Un quartier promis à la démolition et vidé de ses habitants : il restait environ cinq personnes par rue. Le noyau militant, une quarantaine d’habitants, en majorité des femmes, s’est battu vingt-cinq ans. Association de résidents en 1993 contre la démolition, jardinage sauvage, façades murées repeintes, marché de rue mensuel à partir de 2007, puis création d’un Community Land Trust en novembre 2011. Le collectif d’architectes Assemble est invité par le CLT vers 2012-2013, soit une vingtaine d’années après le début du combat ; la ville transfère dix propriétés en 2014 ; treize maisons sont rénovées sur Cairns Street, achetées une livre via le dispositif « Homes for a Pound ». Le CLT a dû en revendre une partie pour rembourser ses emprunts. Le 7 décembre 2015, le Turner Prize et ses 25 000 livres sont attribués à Assemble seul. Une précision, parce que cette histoire circule souvent de travers : personne n’a rien volé à personne. Assemble crédite les habitantes sur son propre site, leur a téléphoné avant d’accepter la nomination, et les habitantes les apprécient. Le prix est quand même allé aux architectes. Ce n’est pas un problème de personnes, c’est un problème de structure : le dispositif de reconnaissance ne sait récompenser que ceux qui savent se faire nommer. https://assemblestudio.co.uk/projects/granby-winter-gardens

  18. Quatorze textes écrits depuis novembre 2025, un fichier canonique par article, hors brouillons, matière brute et archives : environ 47 400 mots, soit 160 à 190 pages selon qu’on compte 250 ou 300 mots par page. Douze de ces textes sont publiés sur le blog.