Regardez cette vidéo de 3 min, elle résume tout l’article ! C’est une invitation publique à tous mes ami·es (pas que architectes) à démarrer un projet d’entraide collective. Il s’étend à vous.
Sortir la tête de l’eau, ensemble
Trois faits qui rendent l’entraide (codev) évidente :
Un. Pour sortir de nos conditions de travail délétères, n’y a pas d’aide à attendre d’autres que nous-mêmes ; ni de l’État, ni des institutions, ni de figures tutélaires qui viendraient nous sauver. C’est soi, et c’est nous, à plusieurs, et c’est tout.
Deux. Et pourtant, on a tous des trésors ; pas juste des compétences techniques, mais surtout nos expériences, ce qu’on a traversé dans nos galères et qu’on ne peut pas apprendre dans un livre. Une forme de sagesse pratique, quelque chose de concret qui dit à l’autre c’est possible.
Trois. Mais on a la tête sous l’eau ; pas le temps, pas l’espace, pas l’énergie. Le métier, le rendement, l’isolement nous écrasent ensemble, et chacun continue de tenir, seul, en pensant que c’est juste lui.
Le cercle se ferme là, parce qu’on a la tête sous l’eau on n’a pas le temps de la lever pour aller chercher chez les autres ; et parce qu’on continue à galérer seul, elle reste sous l’eau.
C’est structurel, pas individuel, et ça ne se résout pas par un effort de volonté supplémentaire mais par des espaces dédiés, formalisés, réguliers, affinitaires.
Pourquoi on n’y va pas, en vrai
Est-ce qu’il n’y aurait pas un “confort” à être sous l’eau, qui est celui de ne pas avoir à se poser des questions vertigineuses qui nous attendent quand le bruit et l’agitation cessent ?
Je sais bien que la plupart du temps, ce genre de proposition (codev, partage, “se déposer ensemble”) tombe à plat. D’abord parce que flemme de se montrer vulnérable avec des gens qu’on connaît pas beaucoup. Ensuite, parce qu’on n’a pas la culture de ça, on n’a jamais appris ; parce qu’il y a souvent une honte (honte d’être sous pression, de craquer, de ne pas tenir, et qu’on voudrait pas étaler) ; et enfin parce qu’on se dit qu’on a des amis pour ça. Sauf que quand on voit ses amis, on n’a pas toujours envie de plomber le moment avec ses problèmes, on prend un peu de bon temps, ça fait du bien, jusqu’à ce qu’on rentre chez soi avec nos ruminations dans le ventre.
C’est exactement pour ça qu’il faut des espaces dédiés ; pas pour remplacer les amis (au contraire, ça leur enlève le poids d’avoir à tout porter), mais pour nous donner enfin un endroit où ce qu’on traverse est attendu, accueilli, sans excuse à présenter, dans un cadre dédié, délimité.
Ce qu’on cherche, et ce qu’on cherche pas
Ce qu’on cherche pas
Pas les syndicats. Pas par mépris : j’y vais pas, parce que les structures héritées (syndicats, ordres, associations) supposent une posture de combat ou une homogénéité métier qui ne touchent pas la corde du care que je cherche.
Pas le technique. J’observe que quand j’ai un problème technique, juridique, réglementaire, je trouve les ressources par mes propres moyens. C’est pas là que ça bloque. Ce qui bloque, c’est ailleurs, c’est plus profond en général.
Pas l’aide descendante. Le mentor expert qui sait, qui dispense, pas ici. Ce que je décris est horizontal. Avec des amis, des pairs, des gens avec qui on a un lien.
Ce qu’on cherche, alors
Un endroit où on peut dézoomer.
Parce que ce qui me prend la tête, dans un métier aussi compliqué que le nôtre, c’est pas le manque d’information. C’est la confusion d’en avoir trop. Ce sont les marges, les zones grises, ce que je n’ai pas le temps d’aller voir : la prospection que je remets, la conversation conflictuelle que je repousse, le truc que je ne sais pas comment nommer mais qui m’habite. Parce que la confusion, ça paralyse, ça stresse.
Pouvoir en parler, juste être écouté, ça remet de l’air. Ça remet du mouvement. Ça redonne accès à ce qu’on savait déjà, mais qu’on ne voyait plus parce qu’on avait la tête dans le guidon.
VIENS
RENDEZ-VOUS JEUDI POUR FAIRE LA FÊTE D’ABORD - PARCE QUE C’EST LA BASE
Et en bonus, tu peux repartir avec deux personnes choisies pour démarrer ton propre codev.
Ce jeudi 7 mai, au PBC 41 bis Quai de la Loire, à 18h30 je propose un rendez-vous ouvert. L’idée, c’est de se retrouver et de faire la fête : j’invite mes copains, mes copaines (pas que des architectes, loin de là), toi tu fais pareil, et chacun·e amène qui il·elle veut, partage la vidéo à qui ça pourrait toucher (plus on est de profils différents jeudi, plus les trinômes qui se forment auront de matière). Le prétexte, c’est la rencontre et un concert qui démarre à 20h30 ; on peut aussi venir juste pour le concert et c’est très bien.
Avant le concert, on va faire un jeu de rencontre, simple, conçu pour qu’on se découvre les uns les autres. À la fin du jeu, celles et ceux qui en ont envie repartent avec un trinôme ; et si tu n’as pas trouvé tes deux personnes dans la salle, j’ai développé une petite app qui relie tes besoins du moment avec les compétences des autres (et inversement), on s’en sert pour assembler ce qui peut s’assembler.
Et pour ne pas te laisser seul·e après ce jeudi, je propose d’animer une visio toutes les semaines, a priori le vendredi à l’heure du déjeuner. Tu viens ou tu viens pas, c’est OK ; ça sert à se présenter aux autres trinômes, à compléter ceux qui sont incomplets, à se donner un cadre commun. Tu arrives comme tu veux : avec un sujet déjà abordé dans ton trinôme et que t’as envie d’élargir, avec une thématique à explorer en plus large, ou juste pour rester avec le reste du groupe sur une thématique collective. Cadre léger, présence libre, c’est tout ; et c’est déjà une vraie proposition.
Le codev, concrètement
Dans les semaines qui viennent, je vous proposerai un rendez-vous hebdomadaire, vendredi à midi pendant une heure et demie, à trois, avec des gens avec qui il y a déjà un peu de confiance, idéalement un contexte commun (des amis d’abord, et plus tard peut-être d’autres personnes du réseau ?). C’est le but du lancement jeudi, rencontrer son trinôme. Sinon, pas de souci, tu viens au rdv et on fait les groupes avec celleux qui sont là.
Chaque semaine, chacun·e à tour de rôle a 30 minutes pour partager un problème, un truc qui nous travaille, qui coince, qui boucle, qui rumine. Les deux autres écoutent d’abord, ils ne font que ça, être là, attentifs, refléter ou reformuler ce qu’ils entendent (ça suffit déjà, très souvent) ; et selon ce qui est demandé, ils peuvent ensuite partager une expérience (leur propre vécu posé à côté), ou donner un conseil s’ils en ont un et qu’on le leur demande, toujours pour aider à dézoomer, à voir ce qu’on ne voyait plus.
Et puis ça peut aussi, tout simplement, servir à utiliser le temps comme on veut : prendre des nouvelles de ses ami·es, parler de ce qui nous fait du bien, raconter un truc qui nous a touchés. C’est aussi à ça que ça sert ; le cadre est là pour qu’il y ait un endroit dans la semaine, pas pour mettre un programme à la place de la rencontre.
Mon expérience à moi : pendant une formation intense, on s’est mis à plusieurs amis à pratiquer ça en trinôme, toutes les semaines, pour traverser ensemble la formation et ses chamboulements. Le jour du rdv je me disais souvent que c’était en trop et qu’il fallait annuler ; et chaque fois en repartant, je me disais que ça avait été un des moments de ma semaine de clarté, de prise de conscience, de m’être senti utile. Ce qu’on s’est dit qui était super : ça allait vite de se comprendre parce qu’on parlait le même langage et qu’on avait le même contexte, on n’avait rien à réexpliquer ; et parler de nos problèmes à des gens qui nous comprennent, ça fait baisser la pression, ça permet de se sentir plus légitime, plus confiant, à dézoomer et débloquer des trucs qu’on tournait en boucle seul·e.
Ça fait du bien, en fait.
Pourquoi ça compte
C’est une culture du care qu’on essaie de fabriquer, contre celle de la charrette, du chacun-pour-soi ; cette culture-là, on n’en sort pas par décret, on en sort par les espaces qu’on construit et qu’on tient ensemble, où les transitions et les doutes qu’ils charrient ont un espace pour se déposer. Pas d’aide à attendre ne veut pas dire débrouille-toi, ça veut dire l’inverse : l’aide est en nous, et le geste politique, c’est de se mettre en condition de la faire circuler.
Ce que tu peux faire
Si la vidéo t’a parlé, partage-la à deux ou trois personnes pour qui ça pourrait faire écho.
Si t’es curieux·se mais pas sûr·e, viens pour le concert à 20h30, on verra ce qui se passe.
Et si t’as envie d’essayer le truc, viens à 18h30 pour le jeu, et tu repars avec ton trinôme.
À jeudi ! Jules
PS pratique : RDV 18h30, jeu de rencontre 19h, concert 20h30, au PBC (41 bis, quai de la Loire)